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TERRITOIRES

Éoliennes, pourquoi tant de haine ?

LA RÉDACTION, LE 1er JUIN 2010
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Toute l'information de cette rubrique est dans : Environnement Magazine
Elles redessinent les paysages de toute l'Europe. À son extrémité occidentale, pourtant, un village gaulois résiste. Terreau fertile à l'éolien par sa superficie et ses quatre régimes de vent, l'Hexagone avec ses 4 400 MW installés fin 2009, qui la placent au quatrième rang du continent, rattrape doucement son retard. Mais non sans mal ! Dernier épisode en date d'une guerre sourde qui oppose pêle-mêle lobbies industriels, associations écologistes, parlementaires pronucléaires, châtelains et néoruraux remontés, futurs riverains inquiets : le vote de la loi Grenelle 2, qui durcit les conditions de développement de la filière. Les ambitions françaises sont pourtant claires : atteindre, pour l'éolien terrestre, une puissance installée de 19 000 MW en 20201. Y arrivera-t-on ? « Inimaginable ! Le parc plafonnera, selon moi, à 8 000 MW. Avec le deuxième potentiel éolien d'Europe, nous avions pourtant tout pour réussir ! », regrette Olivier Duguet, fondateur de la Société française d'éoliennes et président d'Hanalei renouvelables. Instabilité juridique, recours en justice, arbitrages préfectoraux à géométries variables et culture d'un État jacobin, en ont décidé autrement. « Les projets se sont montés au gré des opportunités des opérateurs de la filière, des intérêts des propriétaires fonciers et des maires. Très souvent dans une joyeuse opacité et sur fond de chasse à la taxe professionnelle. Il ne faut donc pas s'étonner de cette levée de boucliers », considère Christian Garnier, vice-président de France nature environnement. Plus que le bruit ou les paysages, ce sont les enjeux économiques et financiers qui cristallisent toutes les rancoeurs. Le tarif de rachat fixé à 82 euros le mégawattheure (les dix premières années) est jugé trop généreux par les anti-éoliens de tous poils, certains politiques et la Commission de régulation de l'énergie ( CRE). L'autorité administrative indépendante s'était prononcée à deux reprises pour une dégressivité plus importante de ce tarif. Le rapport de la mission parlementaire présidée par le député Patrick Ollier, qui a alimenté les récents - et houleux - débats à l'Assemblée nationale, le qualifie d'ailleurs de « surprix », regrettant que son niveau et sa pertinence n'aient « jamais donné lieu à un débat politique ». Même si l'éolien est loin d'être le seul secteur victime de ce genre d'abus, l'argument de la spéculation et des malversations à outrance est allégrement relayé par les deux fédérations anti-éoliennes qui soufflent sur les braises un peu partout dans le pays : la Fédération environnement durable, dont les méthodes ont été éventées par Rue89, et Vent de colère. Si certains de leurs arguments sont recevables, la plupart sont au mieux soumis à forte controverse, au pire dépassés, voire mensongers. « La France n'a aucun objectif chiffré en matière d'éolien. C'est de la désinformation propagée par le Syndicat des énergies renouvelables », affirme ainsi avec sentence Jean-Louis Butré, président de la Fédération environnement durable. La PPI électricité1 fixe pourtant des objectifs précis... Même malhonnêteté évidente quand ces associations brandissent des photos qui, par un angle de vue bien choisi, rendent les aérogénérateurs bien plus imposants qu'ils ne le sont. Comme le dit lui-même Alain Bruguier, président de Vent de colère, son opposition est « viscérale », sa position « radicale, fondamentale et de principe ». Les propos des croisés anti-éoliens virent ainsi rapidement à la théorie du complot et au manichéisme le plus complet : les méchants promoteurs éoliens s'en mettant plein les poches sur le dos de citoyens... Leurs représentants qui labourent sans relâche le terrain des craintes et des mécontentements constituent une sorte de caution populaire à un lobby bien plus puissant que celui des promoteurs éoliens : l'industrie nucléaire. Un groupe de pression dont Patrick Ollier est le digne et persévérant représentant. « Nous connaissions d'avance la tonalité qu'il allait donner au rapport », témoigne Raphaël Claustre, directeur du Comité de liaison des énergies renouvelables ( Cler). À sa lecture, il est en effet objectivement difficile de ne pas le juger orienté (lire L'avis de Jacques Pallas). Le document fait ainsi quasiment l'impasse sur le volet industriel et sur l'emploi. « Nous avons eu toutes les peines du monde à obtenir trois lignes s'y référant. Aucune trace d'ailleurs de l'audition de Michèle Pappalardo, du Commissariat général au développement durable, sur les perspectives de développement de la filière », regrette le député socialiste de Gironde Philippe Plisson, qui a démissionné de son poste de corapporteur de la mission. La seule ouverture concerne l'offshore, qui correspond mieux à la vision énergétique centralisée hexagonale et pour laquelle la mission souhaite « une forte présence de la recherche et de l'industrie [...], afin de fédérer ce qui devra constituer, à terme, une filière française compétitive », en pensant très fort à Areva qui a acquis en 2007 l'allemand Multibrid. Raphaël Claustre y voit « une tendance à toujours botter en touche en évoquant la technologie à venir. Cela ne doit pas constituer un prétexte pour laisser passer le train de l'éolien terrestre », plaide-t-il. Un train que certains industriels ont tout de même réussi à attraper, comme Vergnet, Siemens, Alstom, Schneider ou encore Ceole, Leroy-Somer pour la fabrication de composants... L'Ademe et le SER, qui estiment à 10 000 le nombre d'emplois dans le secteur en 2009, espèrent que d'autres pourront bientôt monter à bord. L'étude « Windustry France », qu'ils ont commandée à Capgemini Consulting (lire EM n° 1687 p. 13), table ainsi sur la création de 50 000 emplois en dix ans, principalement en sous-traitance des grands « turbiniers » danois, allemands ou espagnols qui ont senti le vent tourner avant la France. Des chiffres que contestent évidemment les antis. Le collectif pro-nucléaire Sauvons le climat avance que « les créations d'emploi dans les énergies renouvelables sont probablement compensées par des destructions d'emplois liées à la baisse de pouvoir d'achat des ménages provoquée par [leurs] surcoûts » (sic) ! Vent de colère craint que les éoliennes fassent fuir les touristes et les emplois qui vont avec. Le meilleur moyen de concilier ambitions gouvernementales, créations d'emplois, lutte contre la spéculation et acceptabilité sociale ne serait-il finalement pas de suivre les exemples de la commune picarde de Montdidier, qui a mis en service le premier parc éolien public de France (EM n° 1685, p. 16), ou de celle de Saint-Georges-sur-Arnon (36), qui a créé une Sem pour acquérir et gérer un des cinq petits parcs récemment installés sur son territoire ?


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