Le message de l'adjoint strasbourgeois Olivier Bitz est sans ambiguïté : « Notre pôle de l'énergie publique lance un avertissement au secteur privé, dont les prix explosent. Il apportera la transparence totale sur les coûts et les marges, et par conséquent le meilleur tarif aux Strasbourgeois. L'habitant a le droit de se réapproprier le sujet de l'énergie, à l'instar du secteur de l'eau. » L'instrument juridique de cette reconquête n'est pas la régie, mais l'économie mixte : héritage du modèle allemand des Stadtwerke (entreprises municipales), Strasbourg fait partie des rares villes françaises actionnaires majoritaires d'une Sem d'énergie. En l'occurrence Réseau GDS, spécialisé dans la distribution du gaz naturel du fait de l'obligation européenne de scission des activités commerciales. « Ce recentrage sur les réseaux correspond parfaitement à la volonté de la municipalité. Réseau GDS devient le levier du nouveau pôle pour la poursuite de trois objectifs : la sobriété énergétique, l'augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix local, la garantie du pouvoir d'achat », expose Olivier Bitz, qui préside la Sem.
Trois champs d'intervention précis, identifiés comme complémentaires à la distribution du gaz, sont la cible du pôle. Les réseaux de chaleur urbains, d'abord. Créée d'ici à la fin de l'année, une filiale à 51 % de Réseau GDS visera la construction, l'exploitation et la maintenance d'équipements publics et privés sur le territoire d'une centaine de communes bas-rhinoises dont le distributeur détient la concession du gaz. Son objectif prioritaire est clair : exploiter trois réseaux en délégation de service public de la communauté urbaine de Strasbourg totalisant 300 MW, l'un à créer dans le futur quartier du Wacken (verdict fin 2013 ou début 2014), puis deux autres renouvelés en 2014 puis 2022, aujourd'hui confiés à Dalkia.
La nouvelle société au capital de 4 millions d'euros associe à 49 % EBM thermique, filiale régionale d'un énergéticien suisse organisé en coopérative de droit privé. « Avec Réseau GDS, nous avons dressé sans peine le constat d'un profil très similaire : pas de dividende à verser, pas de recherche démesurée de rentabilité », souligne Hervé Lamorlette, directeur général d'EBM thermique. Le Suisse compte s'appuyer sur la nouvelle alliance pour développer son propre chiffre d'affaires dans l'Est de la France. Il exploite, entre autres, le réseau de chaleur de Saint-Louis (Haut-Rhin) remporté en 2011 face à… Dalkia.
Une seconde filiale de Réseau GDS associera la Sem d'aménagement locale SERS pour la rénovation thermique « clé en main » des bâtiments publics et tertiaires en Alsace. La Société d'aménagement et d'équipement de la région de Strasbourg pilotera les études d'optimisation énergétique, financera les travaux et en suivra le déroulement. Elle se rémunérera sur les économies d'énergie : elle s'inspirera ainsi du modèle des contrats de performance énergétique (CPE), voire l'appliquera dans certains cas.
Le troisième sujet, la production, fin 2014, d'un biométhane suffisamment riche et propre pour être injecté dans le réseau urbain de gaz naturel, découle d'un projet de recherche que Réseau GDS mène depuis plusieurs années avec Lyonnaise des e au x et D e g rémont Services afin de valoriser le biogaz issu de la digestion des boues de la station d'épuration de Strasbourg.