L' Union est un ancien territoire industriel du Nord, aux confins de Tourcoing, Roubaix et Wattrelos . Écoquartier pilote de la métropole lilloise depuis 2006, il devient, en 2011, le premier écoquar-tier national. À terme, ce site de 80 hectares accueillera 3 000 habitants et 4 000 salariés. Ses promoteurs mettent en avant tant les atouts économiques (les terrains sont proches de l'aéroport, de la gare TGV, des autoroutes) que les enjeux sociaux et urbanistiques. L'habitat social collectif représente ainsi 30 % des logements dans une zone où vit une importante population en situation de précarité. C'est ce « morceau de ville » en devenir qu'ont étudié Maj douline Sbaï, de l'Université populaire et citoyenne de Roubaix, Bruno Villalba et Caroline Lejeune, du Ceraps (CNRS-université de Lille). Du fait de sa labellisation comme écoquartier, l'Union se doit d'intégrer les méthodes de la gouvernance durable. Un comité consultatif animé par l'aménageur fournit une information d'ensemble sur l'avancée du projet aux associations et représentants des habitants. Les groupes de travail constitués d'usagers et de techniciens interviennent dans la phase d'avant-projet pour déterminer les besoins, réfléchir aux usages et élaborer des plans d'action. Ces suggestions sont soumises à un comité de pilotage composé d'élus et de techniciens. C'est ce fonctionnement qu'interrogent les chercheurs : en quoi l'articulation entre ces instances de concertation et les habitants peut-elle conduire à l'amélioration de la qualité environnementale, sociale et économique des projets locaux d'aménagement urbain durable ? En quoi cela contribue-t-il à faire émerger des projets innovants à haute qualité écologique et sociale ?
Les chercheurs mettent en avant des mécanismes d'échange de savoirs et de connaissances très progressifs entre les acteurs sur les enjeux écologiques. Les membres associatifs ont indéniablement acquis des savoirs, qui leur ont permis de rendre plus crédibles et opérationnelles leurs revendications portant sur le cadre de vie, les besoins en services publics et collectifs, l'adéquation entre logements et immeubles de bureaux. En retour, les aménageurs ont dû prendre en compte ces demandes, pas forcément prévues dans le projet initial. Et ils ont avoué qu'il n'était pas du tout évident de concilier les objectifs de développement économique – facilité d'accès à la zone pour la voiture et le camion, surface et hauteur des immeubles d'activités –, les demandes écologiques des futurs habitants et les attentes des associations environnementalistes – prise en compte du bruit, utilisation du vélo et transports en commun. En analysant les dispositifs participatifs, les chercheurs ont disséqué les mécanismes de prise en compte des habitants et mesuré leurs résultats. Ignoré à l'origine du projet (qui avait pour but la revitalisation économique d'une zone industrielle), l'enjeu écologique a été pro gres si-vement intégré via les dispositifs participatifs. Mais cette intégration est restée marginale. En clair, les objectifs de développement durable affichés collectivement par tous les acteurs auraient dû modifier bien plus profondément le quartier de l'Union qu'il ne l'aura été en réalité.
Et pourtant, parmi l'immense palette des degrés de concertation au sein des écoquartiers, l'Union est l'un de ceux où elle s'est révélée la plus efficace en termes de prise en compte des avis de tous les acteurs. Car dans bien d'autres agglomérations, la concertation n'a été que de pure forme, conclut le travail dirigé par Jodelle Zetlaoui (Lab'Urbauniversité Paris-Est). Selon le Grenelle de l'environnement, chaque ville de plus de 20 000 habitants doit ainsi se doter d'un projet d'écoquartier considéré comme un levier pertinent pour l'expérimentation et la diffusion d'un urbanisme durable. La concertation est une partie intégrante de ces projets. Comment les collectivités locales, les habitants et le monde associatif se sont-ils emparés de cette injonction des textes ? L'équipe de Jodelle Zetlaoui a envoyé un questionnaire à 120 chefs de projets en cours ou achevés et s'est plus particulièrement intéressée aux 77 revendiquant une implication significative des habitants.
L'enquête montre que seuls 10 % des écoquartiers avaient à l'origine pour priorité des aménagements exemplaires en termes de développement durable. Au final, cette dimension n'est prise en compte que dans la moitié d'entre eux. Pour 37 % des collectivités, la motivation première est d'améliorer l'offre de logements et pour 33 % de soutenir une dynamique territoriale. Plus de la moitié des communes concernées gardent cependant la préoccupation d'accompagner les changements sociétaux en mettant en œuvre des dispositifs informatifs d'échange avec les habitants. « Si des évolutions sont perceptibles, rares apparaissent les cas où les démarches dépassent le seuil consultatif et portent sur la définition d'éléments stratégiques des projets », note Jodelle Zetlaoui. Alors, la concertation ne porte pas sur des sujets forts, comme la densité de l'habitat, l'organisation des transports, la présence de services, mais uniquement sur des points mineurs, comme l'aménagement des espaces verts, qui « apparaissent comme le plus petit dénominateur commun aux expériences participatives les plus ambitieuses menées par les collectivités », conclut Jodelle Zetlaoui.