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Natura 2000 : l'âge de la maturité

LA RÉDACTION, LE 1er JUIN 2012
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Où en est Natura 2000 ? Il y a dix ans, Environnement Magazine menait l'enquête (n° 1620) et pointait les problèmes : retard d'application, crainte d'une « mise sous cloche » des sites, hostilité des élus... « Depuis les choses ont changé, le réseau a gagné en maturité, tranche Béatrice Villebrun, chargée de son animation au ministère de l'Écologie. Les sites sont désignés et les documents d'objectifs (Docob) opérationnels sur 1 200 d'entre eux. Près de 60 % de ces plans de gestion sont portés par des collectivités. » Avec 1 753 sites - 1 369 au titre de la directive Habitats et 384 de la directive Oiseaux - le réseau français en impose. Ses défauts : sa distension. « Du coup, les opérateurs locaux se sentent isolés. On les met en réseau et on organise en septembre une session d'intégration des nouveaux arrivants », annonce-t-elle. Et une couverture régionale inégale. « Il y a de bons élèves et des régions, comme la Haute-Normandie, où peu de sites ont été désignés du fait des résistances locales », relève Maxime Paquin, chargé de mission à France Nature Environnement ( FNE). « C'est dommage que l'outre-mer ne soit pas concerné par ce réseau », poursuit Hélène Dubaele, à l'Atelier technique des espaces naturels. L'Aten, qui forme un bon nombre de chargés de mission Natura 2000, estime que la voie de la contractualisation par sites choisie par la France a toutefois du bon sur le terrain. Concrètement, elle se traduit par la rémunération des propriétaires et gestionnaires en contrepartie des services rendus à la biodiversité. « Les débuts furent difficiles, mais cela a pris et des acteurs qui se côtoyaient peu, par exemple des chasseurs et des associations, des écologues et des militaires, travaillent désormais ensemble. Tout est plus fluide dès qu'un animateur coordonne les actions », constate Mara Rihouet, chargée du dossier Natura 2000 à l'Aten. Le hic : ces animateurs sont souvent de jeunes chargés de mission en contrat précaire et leur fort turnover plombe la continuité de gestion des sites. Pour y remédier, le ministère élabore un système d'information suffisamment robuste pour héberger l'historique, et ainsi garder une trace de l'ensemble des actions engagées localement. Une fois prêt, il intégrera l'outil de suivi actuel des Docob (Sudoco). Autre difficulté, le financement. La barre des 2 000 contrats financés par le ministère et l'Europe est en vue. En moyenne, l'aide est de 400 euros par hectare protégé. « Mais les fonds européens arrivent à échéance en 2014. Leur refonte est en cours. D'ici là, l'heure est à la restriction », déplore Maxime Paquin. Devant la Commission européenne, des eurodéputés Verts ont dénoncé des retards de versement « allant jusqu'à deux ans », obligeant les gestionnaires « à supporter des avances de trésorerie importantes ». « Cela décourage les moins aisés de se lancer », observe Myrtille Le Motheux, à la direction environnement du conseil général du Territoire-de-Belfort, qui compte trois zones Natura 2000. « À terme, il faudra davantage faire appel aux collectivités locales, voire au mécénat, tempère Gilles Granereau, chargé de mission à l'ONF des Landes. On tient compte de leur baisse lorsqu'on révise les Docob, en réajustant les objectifs et en programmant des mesures simples et plus pertinentes que de gros travaux de génie écologique décidés à la va-vite ». Un point de vue que partage Laurent Bernard, animateur au Syndicat d'aménagement du Haut-Allier, qui gère douze sites Natura 2000. « Près de 200 mesures agro-environnementales territorialisées (MAET) y ont été lancées avec les agriculteurs, explique-t-il. Et un beau contrat de reconquête pastorale vient d'être signé dans les gorges de l'Allier. Son montage a pris dix ans, les élus l'ont porté à bout de bras. La difficulté fut d'obtenir la maîtrise du foncier. Pour décrocher les financements, il faut s'accommoder de cette lourdeur administrative. » Un obstacle franchi par le syndicat mixte du bassin de l'Or ( Symbo), qui gère un étang classé Natura 2000 dans l'Hérault. « Les financements des contrats ne posent pas de souci. Mais on manque de moyens pour mener des études plus poussées afin de suivre l'état de conservation des sites », précise Eve Le Pommelet, sa chargée de mission Natura 2000. Sur ce point, la France accuse un retard certain. Le Muséum national d'histoire naturelle vient à peine d'établir des protocoles de suivi scientifique. « C'est un bon début, mais le dispositif reste à roder », conclut Vincent Augé, chargé de mission au Parc national de la Vanoise, qui compte quatre zones Natura 2000.


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