« Utiliser Pilote des champignons pour vaincre la Sur le marché dioxine, c'est une première », assure Annabelle Carlier, chargée de mission d'Halluin 3R. Cette association entend mettre au point une solution douce de dépollution in situ, pour ses sols contaminés par la dioxine et les furannes d'un incinérateur. Depuis près d'un an, les essais se déroulent sur les 3 500 m2 de la parcelle contaminée de Noir Pot, à Halluin, près de Tourcoing (Nord). Les premiers résultats valident la faisabilité des deux stratégies de dépollution envisagées.
Première idée : biodégrader les polluants grâce à des champignons saprotrophes (se nourrissant d'éléments en décomposition, ndlr). « Dans le sol de Noir Pot, ces micro-organismes sont présents, en nombre co hérent avec un sol classique de prairie », annonce Catherine Rafin, mycologue dans l'unité de chimie environnementale et interactions sur le vivant (Uceiv) de l'université du littoral-côte d'Opale (Ulco). Elle étudie la possibilité d'utiliser la capacité naturelle de ces champignons à dégrader la dioxine et les furannes. « Généralement, ces polluants sont fortement fixés, adsorbés sur la matière organique du sol. Les micro-organismes capables de les dégrader y ont donc peu accès. En d'autres termes, ces polluants sont peu biodisponibles », souligne Catherine Rafin. Pour lever ce verrou, les mycologues envisagent d'introduire, dans le sol, des amidons chimiquement modifiés, capables de décrocher les polluants. Mais ils doivent encore caractériser le potentiel de biodégradation des champignons saprotrophes : est-il suffisant ? Faut-il l'accélérer ?
La deuxième stratégie consiste à utiliser des mycorhizes comme agents de phytoremédiation. Trois espèces de champignons mycorhiziens à arbuscules ont pu être isolées sur la parcelle de Noir Pot. « À la différence des sapro trophes, ce sont des microorganismes symbiotiques, précise Anissa Lounès-Hadj Sarahoui, biochimiste de l'Uceiv. Ils vivent en association avec les racines des plantes pour former des mycorhizes. » Pour la phytoremédia-tion, les champignons myco-rhiziens présentent un double intérêt. Ils améliorent à la fois le développement des plantes et leur résistance aux stress environnementaux, tels que la présence de polluants. « Nous imaginons utiliser la capacité de cette symbiose à s'installer sur ces sols pollués et à stimuler la croissance de la microflore dégradante, telle que les bactéries et les champignons », explique la biochimiste. Dans un premier temps, l'équipe de Calais évalue, sur de la terre de Noir Pot, le potentiel de la symbiose myco-rhizienne à dégrader la dioxine et les furannes, en fonction de l'espèce végétale mycorhizée. L'étude est en cours sur le trèfle, la luzerne et le ray-grass, notamment.
En parallèle, le laboratoire d'analyse des sols de l'Inra d'Arras et l'unité Infosol de l'Inra d'Orléans ont échantillonné 72 points de la parcelle. « La contamination est hétérogène, avec des variations allant de 5 à 30 ng TEQ1 /kg de matière sèche. Et la répartition des concentrations est corrélée avec certains paramètres pédologiques », précise Antoine Richard, directeur du laboratoire d'analyse des sols de l'Inra d'Arras. « Ces informations devront être prises en compte lors du choix de la technique de dépollution. » Les premiers résultats étant prometteurs, si l'association obtient les subventions nécessaires pour soutenir un budget d'un million d'euros, le projet devrait se poursuivre encore trois ans.